Recevoir un témoignage concernant l’échange de services sexuels chez les jeunes
par Noémie Gilbert
Comprendre les termes 11-13
| Appellation | But | Avantages | Limites |
| Échange de services sexuels | Terme plus neutre et descriptif | Permet de décrire le phénomène, limiterait la stigmatisation | |
| Travail du sexe | Politiser et soutenir les personnes travailleuses du sexe | Met en lumière que le patriarcat exige des travaux non rémunérés et politise l’économie sexuelle | Ne représente pas les enjeux spécifiques de ces activités sexuelles, peut être perçue comme banalisante |
| Prostitution | Terme historique pour désigner ces activités | Compréhension partagée | Terme souvent stigmatisant et stigmatisé |
| Exploitation sexuelle | Rendre compte du contexte légal au Canada | Considérer qu’il s’agit rarement d’un choix éclairé | Peut être perçue comme victimisante |
Comprendre les enjeux 4-11-13
| Réglementarisme | Abolitonnisme | Prohibitionnisme | Travail sexuel et syndicalisme |
| Cette approche souhaite encadrer légalement l’échanges de services sexuels à travers des lois et règlements, car elle reconnaît en partie « la liberté de se prostituer ». | Cette approche souhaite voir disparaitre l’échange de services sexuels et aider les personnes prostituées à se sortir du milieu et se réhabiliter, en pénalisant les personnes clientes. | Cette approche vise à interdire et condamner l’échange de services sexuels auprès de l’ensemble des personnes impliquées : proxénètes, clients et personnes en situation de prostitution. | Cette approche refuse les trois autres, en se concentrant sur les droits des personnes prostituées et en contrant la stigmatisation de ce travail partrical. |
Qu’est-ce que l’échange de services sexuels ?
L’échange de services sexuel se définit souvent par l’obtention d’une compensation financière à la suite d’une pratique sexuelle.6 La définition correspond bien à la représentation que plusieurs personnes possèdent. En fait, certaines personnes, qui échangent des services sexuels ne considèreraient pas en faire lorsque la question leur est posée. En effet, cela peut notamment se produire lorsque ce qu’elles reçoivent, à la suite des pratiques sexuelles, n’est pas une somme d’argent.
Parfois, il s’agit plutôt d’un service sexuel contre des biens ou des services, comme des présents matériels, de la nourriture, un endroit pour dormir ou encore une aide quelconque. La personne peut recevoir des avantages qui comblent ses besoins essentiels, surtout lorsqu’elle est en situation de précarité.12 Par exemple, il arrive que des personnes de la diversité sexuelle et de genre se retrouvent sans domicile fixe à la suite d’un dévoilement auprès de l’entourage. Dans un tel contexte, l’échange de services sexuels permettrait de répondre à des besoins de base.6
De plus, les faveurs sexuelles offertes peuvent varier d’une situation à l’autre, allant des rapports sexuels aux danses à connotation sexuelle, en passant par les massages érotiques. La conception concrète de l’échange de services sexuels peut donc varier d’une personne à l’autre.1 En somme, on peut retenir que dès qu’une pratique sexuelle découle en un avantage pour la personne, il s’agit d’un échange de services sexuels.
Depuis 2014, au Canada, il n’est pas criminel d’offrir des services sexuels entre adultes consentants. C’est l’utilisation et la sollicitation de services sexuels offerts qui est criminalisée10 et cela d’autant plus si la personne offrant les services est mineure. La loi stipule que dès qu’il y a une situation d’autorité ou d’exploitation entre une personne mineure et son partenaire sexuel, le consentement n’est pas valide. De fait, c’est le cas même si l’âge du consentement au Canada, soit 16 ans, est atteint. Au Québec, c’est la Loi sur la protection de la jeunesse qui est utilisée pour protéger les jeunes mineurs des abus sexuels.7
Comment réagir si un·e jeune révèle échanger des services sexuels ?
Important d’agir selon la législation en vigueur dans votre pays !
Attitudes :
Lorsqu’on reçoit une confidence sur de possibles échanges de services sexuels, une attitude de départ consisterait à réguler la panique qui peut émerger. En effet, la prostitution est associée à des fantasmes, stigmates et émotions importantes11 et d’autant plus si cela concerne des jeunes. Bien gérer nos attitudes permet d’éviter que la personne s’éloigne si elle sent qu’on tente de la restreindre dans son autonomie, de définir son vécu, de dramatiser ce dernier ou de la blâmer.3 Considérant que les personnes qui échangent des services sexuels sont souvent isolées, le lien entretenu avec elles est important. De fait, l’isolement est même une embûche pour celles et ceux qui souhaiteraient cesser l’échange de services sexuels.2
Une autre attitude pertinente serait de se rappeler de faire preuve d’empathie et de compréhension devant la complexité de la situation.6 Quelques autres attitudes aidantes ; on peut écouter la personne, la croire, recevoir ce qu’elle révèle sans assumer, insister sur ses forces, la soutenir dans une optique constructive, la déculpabiliser,encourager son autonomie, et valider ses émotions.3
Différentes approches existent pour intervenir et dépendent de chaque situation. Elles doivent être adaptées aux valeurs de la personne, à ses souhaits et caractéristiques individuelles.
Réduction des méfaits : Cette approche correspond à minimiser les conséquences négatives liées à l’échange de services sexuels sans s’imposer pour autant.14 Par exemple, de la sensibilisation sur les infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS) et l’importance de la protection lors de rapports sexuels pourrait être faite.
Soutien autour de la personne : Cette approche correspond plutôt à améliorer l’environnement actuel de la personne ou encore ses ressources, compte tenu de la situation dans laquelle elle se trouve.
Soutien lorsque la personne souhaite arrêter : En effet, bien qu’il y ait de la variabilité d’un vécu à l’autre, des études réalisées auprès de femmes révèlent que la plupart d’entre elles aimeraient mettre fin à l’échange de services sexuels, si elles le pouvaient.1-9 Cette transition est parfois empêchée par de nombreux obstacles, comme les difficultés financières l’isolement ou la stigmatisation.5 Évidemment, l’objectif n’est jamais de forcer pour que la personne change immédiatement son moyen de subsistance. Il serait préférable de suivre le rythme de la personne et de miser sur le lien, tout en mettant en place des mesures pour répondre à ses besoins15, en matière de soins de santé mentale ou physique et d’aide financière.2
Par ailleurs, faire partie d’une minorité, telle que la communauté LGBTQ+, rajoute des difficultés à la personne qui échange des services sexuels. En effet, le poids de la stigmatisation peut être plus grand et freiner les demandes d’aide.8 Pour tenter de contrecarrer ce phénomène, adopter une attitude ouverte et inclusive est important. Par exemple, cela peut correspondre à ne pas assumer l’identité de genre de la personne ou des individus avec qui les personnes échangent des services sexuels.8 De plus, les termes utilisés pour désigner ce phénomène varient selon les points de vue. D’abord, « échange de services sexuels » serait la possibilité la plus neutre, car elle limiterait la stigmatisation. Ensuite, l’expression « travail du sexe » est parfois perçue comme banalisante par les personnes qui échangent des services sexuels. En effet, elle sous-tendrait qu’il s’agit d’un travail comme un autre, alors que ce n’est pas toujours un choix éclairé dans la réalité. Enfin, « exploitation sexuelle » rebuterait certaines personnes qui verraient de la victimisation dans ce terme. Or, il s’agit de l’expression la plus proche pour décrire l’échange de services sexuels au Canada, à cause du contexte légal. En bref, il est important de laisser la personne nommer elle-même la situation et de ne pas chercher à apposer des qualificatifs à cette dernière.
De plus, connaître ses limites par rapport à l’aide qu’on peut apporter est important.3 En effet, parfois nous ne sommes pas outillé·e·s pour intervenir auprès d’une personne échangeant des services sexuels. Si la personne en ressent le besoin, on peut la référer à diverses ressources spécialisées. Selon ce qu’elle préfère, on peut la laisser naviguer à travers celles-ci, ou encore l’accompagner pendant son processus.3
Ressources
- PIAMP Services d’écoute, de soutien et d’accompagnement pour les jeunes de 12 à 25 ans qui font de l’échange de services sexuels. Services offerts à la famille et aux professionnels·es également.
- Info-aide violence sexuelle Ligne-ressource gratuite les personnes touchées de près ou de loin par l’agression sexuelle, l’exploitation sexuelle ou toute autre forme de violence sexuelle.
- Fondation Marie-Vincent Services de prévention et de soutien pour les enfants et les adolescents·es ayant été victimes de violences sexuelles ou présentant des comportements sexuels problématiques, ainsi que pour leurs familles et les professionnels·es.
- Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) – Montréal Services de soutien aux femmes ayant un vécu avec l’échange de services sexuels.
- Maison de Marthe – Québec Services d’hébergement et d’intervention auprès des personnes ayant un vécu avec l’échange de services sexuels.
- Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS) Services d’aide pour les personnes ayant vécu une agression à caractère sexuel.
- Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) Soutien et accompagnement pour les personnes ayant subi un acte criminel, peu importe sa nature.
- Tel-Jeunes Services d’écoute, de soutien et de référence pour les adolescents·es, mais aussi pour la famille et les professionnels·es qui ont des questionnements.
- Jeunesse, J’écoute Services de soutien et d’intervention pour les jeunes, par téléphone ou par texto.
- Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) Services gratuits pour les personnes dont les droits ont été bafoués.
- Commission des services juridiques Rebâtir Services de consultation juridique gratuits pour les personnes ayant subi de la violence sexuelle.
- Info-Social 811 Service de consultation téléphonique gratuit permettant d’obtenir de l’intervention psychosociale.
- Interligne Alix Services de soutien pour les personnes de la diversité sexuelle et de genre ayant subi de la violence sexuelle.
Pour plus de ressources : Aide et ressources pour les victimes d’exploitation sexuelle
Pour plus de ressources : Services offrant de l’aide aux personnes victimes de violence sexuelle
https://www.inspq.qc.ca/violence-sexuelle/ressources
Références
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- Dessureault-Pelletier, M., Côté, K., Dionne, J., & Tremblay, C. (2018). Évaluation des besoins locaux d’intervention pour mieux répondre aux besoins multiples des femmes ayant un vécu dans la prostitution. 10.13140/RG.2.2.29679.05288
- Diallo, B. (2017). S’outiller pour mieux comprendre : Guide d’information destiné aux proches des victimes d’exploitation sexuelle. Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle. https://www.lacles.org/wp/wp-content/uploads/Guide-FINAL.pdf
- Federici, S. (2019). Le capitalisme patriarcal (É. Dobenesque, Trad.). La Fabrique Éditions.
- Footer, K. H. A., Hamilton White, R., Nyeong Park, J., Decker, M. R., Lutnick, A., & Sherman, S. G. (2020). Entry to Sex Trade and Long-Term Vulnerabilities of Female Sex Workers Who Enter the Sex Trade Before the Age of Eighteen. Journal of Urban Health: Bulletin of the New York Academy of Medicine, 97(3), 406-417. https://doi.org/10.1007/s11524-019-00410-z
- Gerassi, L. B., Cruys, C., Hendry, N., & del Carmen Rosales, M. (2024). An Exploration of Sex Trading for Compensation and LGBTQ+ Inclusive Screening Practices: Perspectives of Young People who have Experienced Sex Trading and/or Homelessness. Children and Youth Services Review, 156. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2023.107314
- Gouvernement du Canada. (2023). L’âge de consentement aux activités sexuelles. https://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/autre-other/clp/faq.html#:~:text=Une%20jeune%20personne%20de%2014,exploitation%20de%20la%20jeune%20personne
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