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Séries sur les rôles de genres

De l’Histoire à la Modernité : deux séries qui défient les rôles de genre à travers le temps

par Nicolas Grenon & Josianne Boily

 

Deux femmes qui utilisent les mots pour véhiculer un message : l’une poète et habile, l’autre cinglante et chaotique. Voici Emily et Fleabag, les deux protagonistes de séries télévisées qui abordent les relations interpersonnelles et leur complexité.

Fleabag et Dickinson sont deux séries marquantes, chacune ayant sa propre identité tout en abordant des thèmes universels comme la quête de soi, les relations familiales et la rébellion contre les attentes sociales. Bien que les contextes dans lesquels elles se déroulent soient très différents — Fleabag se situe dans le Londres contemporain, tandis que Dickinson se déroule au XIXᵉ siècle —, les deux séries partagent un regard audacieux et une volonté de bousculer les normes et les conventions établies.

Dans Fleabag, Phoebe Waller-Bridge nous livre l’histoire d’une jeune femme en quête de sens dans un monde qui semble souvent absurde et dénué de réconfort. Fleabag, le personnage principal, est une femme cynique, drôle et profondément imparfaite, qui navigue à travers des relations compliquées, un passé lourd de douleurs et un présent souvent chaotique. Le ton de la série oscille entre la comédie noire et le drame, avec un style de narration unique, grâce à la rupture du quatrième mur : Fleabag parle directement à la caméra, permettant aux spectateur·ice·s d’être témoins de ses pensées les plus intimes et de ses réflexions personnelles, ce qui crée une connexion authentique et intime avec le public.

La série Dickinson, quant à elle, s’intéresse à l’univers intérieur de la poétesse Emily Dickinson, tout en offrant une vision réinterprétée et modernisée de sa jeunesse. Cette série, tout en restant ancrée dans l’époque du XIXᵉ siècle, intègre des éléments contemporains, comme une bande sonore démodée et un ton sans gêne qui rendent l’histoire d’Emily à la fois historique et universelle. Emily Dickinson (interprétée par Hailee Steinfeld) est dépeinte comme une jeune femme pleine de créativité, de rébellion et de désir d’expression dans un monde où les femmes étaient souvent confinées à des rôles secondaires. La série explore ses relations avec sa famille, en particulier avec sa sœur Lavinia et son frère Austin, et met en lumière sa lutte pour être reconnue en tant que poétesse à une époque où les femmes étaient rarement prises au sérieux dans ce domaine.

Malgré les différences de contexte, les deux séries traitent de la condition féminine avec un regard critique et moderne. Fleabag, tout comme Emily Dickinson, remet en question le rôle des femmes dans la société et leur droit à l’expression personnelle. Fleabag choisit de fuir l’intimité et de se réfugier dans les plaisirs superficiels, mais finit par être confrontée à sa propre douleur et à son incapacité à connecter véritablement avec les autres. De son côté, Emily lutte pour imposer sa voix et sa créativité dans une société patriarcale qui ne lui permet pas de s’épanouir librement. Les deux personnages sont en quête d’une forme de liberté, qu’elle soit émotionnelle, sexuelle ou intellectuelle.

Une autre similitude marquante entre les deux séries réside dans l’approche visuelle et stylistique. Fleabag est une œuvre bien réussie en termes de narration intime, avec des monologues qui brisent constamment le quatrième mur. La caméra devient un outil puissant, créant une complicité directe avec le spectateur. De même, Dickinson utilise des anachronismes, un style visuel coloré et une musique contemporaine pour rendre l’époque plus accessible et dynamique. Ces éléments cinématographiques permettent de lier le passé au présent et de souligner l’universalité des émotions des personnages, qu’elles soient liées à la famille, à l’amour ou à la recherche de soi.

En revanche, les différences entre les deux séries sont évidentes dans la manière dont elles abordent la comédie et le drame. Fleabag excelle dans le mélange du cynisme et de l’humour noir, tout en explorant des sujets lourds et émotionnels. Le spectateur rit souvent à travers la douleur de Fleabag, ce qui rend la série poignante et réaliste. Dickinson, quant à elle, est plutôt une exploration de la poésie et de la jeunesse, avec un ton plus léger, mais tout aussi empreint de tristesse et de mélancolie. La série parvient à traiter de la complexité des émotions humaines, tout en célébrant le génie créatif d’Emily, qui trouve sa liberté d’expression à travers la poésie.

En conclusion, bien que Fleabag et Dickinson se situent dans des époques très différentes, les deux séries présentent des thèmes et des approches similaires. Elles interrogent le rôle des femmes dans leurs sociétés respectives, présentent des personnages riches en complexité et en contradiction, et nous plongent dans des récits où l’émotion et la rébellion sont au cœur de l’histoire. Fleabag et Dickinson sont des œuvres audacieuses et originales, qui, par leur écriture, leur direction artistique et les performances exceptionnelles, marquent le paysage télévisuel d’aujourd’hui.

 

Références :

https://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=23687.html

https://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=20611.html