Obstacles à l’acceptation par les parents de l’identité et de l’orientation sexuelles de leurs enfants
par Amanda Malekazari
Les parents réagissent différemment aux questions liées à l’identité de genre et à l’orientation sexuelle de leurs enfants. Certain·e·s peuvent trouver ces sujets difficiles, tandis que d’autres s’adaptent plus facilement. Cet article explore les obstacles qui peuvent entraver l’acceptation et explique comment la compréhension, l’analyse et la prise en compte de ces obstacles peuvent ouvrir la voie à la résolution des défis.
Manque de connaissances : le manque de sensibilisation et d’information constitue un obstacle majeur à l’acceptation de la diversité des identités de genre et des orientations sexuelles chez les enfants. L’éducation est l’un des moyens les plus efficaces pour favoriser l’ouverture et l’acceptation. En approfondissant leurs connaissances par la lecture, en discutant avec des associations locales, et en regardant des émissions de télévision, notamment, les parents peuvent plus facilement accepter leurs enfants, se débarrasser des idées reçues et des informations erronées, et ainsi adopter une attitude plus ouverte.
Préjugés et attitudes négatives : les préjugés et les attitudes négatives sont des facteurs importants dans le rejet des différences. Les parents ayant des mentalités négatives ou des informations erronées sur le genre et les orientations sexuelles peuvent avoir du mal à accepter les dites différences. En effet, ces attitudes peuvent être causées par la cishétéronormativité, qui présente les personnes cisgenres et hétérosexuelles comme la norme le modèle à suivre. Généralement elle peuvent aussi être attribuables à un manque de sensibilisation, des expériences négatives passées, des croyances culturelles ou sociales spécifiques, ou encore des informations erronées diffusées en société. Pour se défaire des préjugés et des opinions négatives, les parents doivent s’introspecter et identifier les éléments de leurs pensées, de leur conditionnement ou de leur socialisation qui sont problématiques. En remettant en question leurs attitudes et en se sensibilisant davantage, iels peuvent développer une perspective plus ouverte et ainsi éviter les préjugés et les jugements erronés.
Ne pas comprendre les effets du rejet : parfois, les parents pensent qu’en adoptant une attitude de rejet et de critique, ou en prenant leurs distances, iels peuvent guider leurs enfants ou d’autres personnes de leur entourage vers le changement et les mettre sur la « bonne voie » telle qu’iels la conçoivent. Cependant, ces parents ne sont pas conscient·e·s des conséquences profondes de ce comportement. En effet, le rejet peut entraîner chez les personnes qui en sont victimes des sentiments négatifs à l’égard d’elles-mêmes, un affaiblissement du soutien social et des problèmes de santé mentale tels que l’anxiété et la dépression.1
Le manque d’acceptation et de respect peut même mettre la vie d’une personne en danger. Par exemple, des recherches ont montré que les jeunes transgenres et non binaires dont les pronoms étaient respectés par toutes les personnes avec lesquelles iels vivaient étaient deux fois moins susceptibles de tenter de se suicider que celleux dont les pronoms n’étaient aucunement respectés. Utiliser le nom choisi et les pronoms d’une personne peut avoir un impact très positif sur la santé mentale.2
Rigidité psychologique : les personnes moins flexibles ont souvent plus de préjugés, de partis pris et d’attitudes négatives. Elles ont du mal à accepter le changement, les nouveaux problèmes et les expériences différentes.3 Par conséquent, les parents présentant ce trait de caractère peuvent aborder plus négativement l’identité de genre et l’orientation sexuelle. À l’inverse, les parents plus flexibles cognitivement acceptent généralement mieux la diversité de l’identité sexuelle et de genre, font preuve de moins de préjugés et s’adaptent plus facilement.
Manque d’empathie : l’empathie consiste à éprouver de l’inquiétude et de la compassion pour les problèmes des autres et à vouloir améliorer leur situation.4 Elle réduit directement et indirectement les préjugés, favorisant des attitudes positives envers les autres alimentant la volonté d’offrir de l’aide et du soutien.5 Les parents qui font preuve d’une grande empathie sont plus susceptibles de comprendre les sentiments et les expériences de leurs enfants, ce qui contribue au développement d’une attitude d’acceptation face à des sujets sensibles tels que l’orientation sexuelle de leur enfant. À l’inverse, les parents faisant preuve de peu d’empathie peuvent avoir du mal à comprendre les besoins et les émotions de leurs enfants. Cette incompréhension, associée à des attitudes négatives, peut les amener à persister dans leur posture de rejet et à ne pas offrir de soutien à leur enfant, même lorsqu’iels sont témoins de la douleur et de la souffrance que cela lui cause.
Croyances traditionnelles et personnalité conservatrice : les parents ayant des croyances traditionnelles et une personnalité conservatrice ont généralement une vision traditionnelle du monde et adhèrent aux normes sociales et culturelles établies. Iels résistent davantage au changement, idéalisent un passé qui n’a jamais vraiment existé et préfèrent que les choses restent telles qu’elles sont. Par conséquent, ces parents trouvent souvent les sujets liés aux minorités sexuelles déroutants et inacceptables, ce qui rend éprouvants les changements dans l’identité sexuelle ou de genre de leurs enfants.
Croyances religieuses : les parents croyant·e·s ont souvent des préjugés et des attitudes négatives par rapport aux les orientations sexuelles et identités diverses en raison de leurs enseignements religieux. Iels ont généralement du mal à accepter cette diversité. En effet, la recherche montre que les personnes religieuses ont une attitude plus négative envers l’homosexualité que les personnes non religieuses.6 Il est toutefois important de noter qu’il existe certains groupes religieux ouverts aux personnes LGBTQ+, qui aident même les parents à accompagner leurs enfants.
Conclusion : accepter l’identité de genre et l’orientation sexuelle de ses enfants peut être difficile pour les parents. Ces difficultés découlent souvent d’une combinaison de facteurs, notamment le manque de sensibilisation, les préjugés, les attitudes négatives et une incompréhension des conséquences du rejet. De plus, les croyances et les traits de personnalité des parents, tels que la rigidité psychologique, le manque d’empathie, les opinions traditionnelles ou conservatrices et les croyances religieuses, peuvent aussi compliquer l’acceptation. Il est donc essentiel d’identifier, de comprendre et d’atténuer au maximum l’impact de ces obstacles afin de surmonter ces difficultés et de favoriser une plus grande acceptation.
Références :
- Puckett, J. A., Woodward, E. N., Mereish, E. H., & Pantalone, D. W. (2015). Parental rejection following sexual orientation disclosure: Impact on internalized homophobia, social support, and mental health. LGBT health, 2(3), 265-269.
- Ennis, D. (2021). « Terrible Time for Trans Youth: » New Survey Spotlights Suicide Attempts–And Hope. Forbes Magazine, December, 10.
- Levin, M. E., Luoma, J. B., Vilardaga, R., Lillis, J., Nobles, R., & Hayes, S. C. (2016). Examining the role of psychological inflexibility, perspective taking, and empathic concern in generalized prejudice. Journal of Applied Social Psychology, 46(3), 180-191.
- Batson, C. D. (2023). Empathic Concern: What it is and why It’s Important. Oxford University Press.
- Bobba, B., & Crocetti, E. (2022). “I feel you!”: The role of empathic competences in reducing ethnic prejudice among adolescents. Journal of youth and adolescence, 51(10), 1970-1982.
- Roggemans, L., Spruyt, B., Droogenbroeck, F. V., & Keppens, G. (2015). Religion and negative attitudes towards homosexuals: An analysis of urban young people and their attitudes towards homosexuality. Young, 23(3), 254-276.